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Des jeunes migrants formés à l'apiculture

Depuis février 2016, une quinzaine de jeunes demandeurs d’asile africains apprennent l’apiculture dans le cadre d’un projet porté par la coopérative Leone Rosse située à Châtillon dans le Val d’Aoste.  Maîtres mots: solidarité, réciprocité et innovation sociale.  

«Ils sont motivés et comprennent tout très vite», juge après quelques semaines seulement Claire Alves Sobrinho, formatrice en apiculture, à propos de la quinzaine de jeunes Africains qui s’affairent autour d’elle, occupés à construire des ruches en bois. «Là, c’est le début, mais nous allons évidemment suivre le cycle naturel des abeilles. Le projet prendra plus d’ampleur au fur et à mesure que les conditions climatiques s’amélioreront et qu’il faudra suivre de près les ruches et leurs hôtes.»

Depuis juillet 2015, la région Vallée d’Aoste accueille une centaine de demandeurs d’asile dont l’intégration a été confiée à diverses structures locales, dont la coopérative Leone Rosso située à Châtillon (5 000 habitants).

A l’aide d’un financement régional de 10 000 euros, une coordinatrice de Leone Rosso, Deborah Isoni, a conçu le projet  «Brave Bee» (Abeille courageuse) qui, initialement, visait à faciliter l’insertion professionnelle de jeunes handicapés. En février 2016, la coopérative a décidé d’étendre  l’initiative aux demandeurs d’asile.

«Brave Bee» est une formation en apiculture, qui combine théorie (initiation aux techniques apicoles de base) et pratique (construction de ruches et autres matériels). Les cours ont lieu une fois par semaine. Une quinzaine de jeunes demandeurs d’asile africains y participent sur une base volontaire.

«Cet apprentissage va leur permettre d’acquérir un savoir-faire spécifique, voire même de déboucher sur un vrai métier », explique  Cesare Marques, président de la coopérative Leone Rosso. «En apiculture, avec un petit investissement de 2000-3000 euros, une personne peut gagner autour de 10 000 euros par saison, puis augmenter le nombre de ses ruches et, par conséquent, accroître sa production et ses revenus. En plus, même si on se sert encore un peu du français et de l’anglais pour se faire comprendre, les cours sont dispensés en italien, ce qui permet aux participants d’apprendre plus rapidement la langue et donc d’accélérer leur insertion sociale.»

Restitution

«C’est le bon sens et l’esprit de ‘restituzione’, de réciprocité – ‘do ut des’, ‘rends ce qu’on te donne’ - qui nous ont inspirés pour lancer le projet», explique Veronica Fantini, responsable du volet migrants au sein de la coopérative.  «Le miel est une ressource 100% locale, très importante pour cette vallée, qui valorise notre territoire et protège la biodiversité. En plus d’enseigner à ces jeunes ce savoir-faire et de les sortir de l’inactivité qu’engendre leur situation de demandeurs d’asile, Bee Brave va permettre d’accroître notre production et ainsi au projet de s’autofinancer cette année, voire peut-être aussi l’an prochain.»

Un dispositif gagnant-gagnant donc, qui complète aussi parfaitement une autre initiative de Leone Rosso: avec le projet «Rayons de Miel» lancé en 2015,  le miel produit par la coopérative est commercialisé par des jeunes handicapés de la région. L’an dernier, 300 pots de miel de 500 g vendu 6 euros pièce ont ainsi été écoulés par ce biais. Les deux projets devraient donc se renforcer et même s’autofinancer  mutuellement, la production de Brave Bee s’ajoutant à ce que commercialise déjà Rayons de Miel, estiment les responsables de Leone Rosso.

Et, dans le même esprit, ceux-ci s’apprêtent à lancer très prochainement une nouvelle opération, horticole cette fois:   «un autre projet de ‘restitution’», annonce Francisco Buratti, directeur de la coopérative. «Les fruits et légumes produits iront à la banque alimentaire locale. La solidarité est une valeur plus que jamais essentielle dans cette société qui n’accepte pas toujours bien la différence.» 

(Sources: interview de Cesare Marques, Leone Rosso – article de Francesca Soro, La Stampa)

01/04/2016