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L’innovation sociale pour l’inclusion des réfugiés: Maintenir la dynamique et créer un changement durable

Patricia Martinez Sáez, AEIDL

Les initiatives d'innovation sociale, en particulier celles qui expérimentent au niveau local puis qui sont développées à d'autres niveaux, sont essentielles pour créer un changement systémique et prolonger l'élan suscité par la crise des réfugiés.

 

S'adressant à la plénière d'ouverture de l'événement «L’innovation sociale pour l'inclusion des réfugiés», organisé par le Comité économique et social européen les 16 et 17 novembre, Elizabeth Collet, directrice de l'Institut européen des politiques migratoires, a attiré l’attention des quelque 250 participants sur les limites des approches traditionnelles qui essaient de faciliter l'inclusion sociale d'un grand nombre de migrants et de demandeurs d'asile.

Selon Eric Young (fondateur du Social Projects Studio et professeur d'innovation sociale à l'Université Ryerson, Toronto), deux éléments clés sont nécessaires pour que les ressources utilisées pour stimuler l'inclusion sociale aient un impact durable à long terme: 1) une expérimentation sur le terrain, qui vise à relever efficacement des défis sociétaux spécifiques, et 2) disposer d’un réseau collaboratif et «intelligent» reliant toutes ces initiatives. Les défis sociétaux auxquels nous sommes actuellement confrontés sont extrêmement complexes. On doit donc comprendre cette complexité en développant des réseaux intelligents qui réunissent des personnes d'origines très différentes mais qui visent un objectif sociétal commun. Dans un tel processus, pouvoir compter sur des nouveaux venus (des acteurs qui ne s'identifient pas comme des innovateurs sociaux) dans tous les secteurs est très important.

Yara Al Adib a présenté un projet novateur lancé au niveau local en Belgique et qui a maintenant commencé à prendre de l'ampleur. Cette entrepreneure sociale syrienne a quitté son emploi chez Deloitte pour démarrer sa propre entreprise à Anvers, après avoir fui la guerre et obtenu le statut de réfugiée en Belgique. Elle a expliqué à l'auditoire que ce qui l’a motivée à devenir entrepreneure sociale, c'est sa propre expérience de jeune femme très instruite, ayant une certaine connaissance de l'anglais et du néerlandais et aussi des contacts, autant d’atouts pour faire face au défi que constitue le processus d'intégration. Si elle a elle-même éprouvé des difficultés, que dire de ceux dont les compétences ne sont pas recherchées ou qui ne parlent pas couramment la langue du pays? Dans ce contexte, elle et trois autres réfugiés syriens sans emploi ont lancé From Syria with Love, un service de traiteur qui a démarré il y a environ un an lors d'un festival de street food. Succès immédiat auprès de la population locale. L’entreprise emploie maintenant cinq personnes à temps plein et propose différents types de services de restauration dans plusieurs villes belges. Afin de continuer à grandir et à aider d'autres réfugiés, elle recherche des «ambassadeurs» dans tout le pays pour les aider à développer leur entreprise.

Plusieurs intervenants et participants ont souligné la nécessité de lancer davantage d'initiatives qui encouragent l'intégration des migrants dès leur arrivée, sans attendre l'approbation de leur demande d'asile. L'insertion précoce sur le marché du travail est en effet essentielle pour une intégration sociale réussie. Bien que les règles en matière de travail varient d'un pays à l'autre, il importe de créer dès le début un environnement dans lequel les possibilités de travail et les idées novatrices peuvent s'épanouir plus rapidement. Le professeur Eric Young a souligné combien tout dépend de l'inclusion, non seulement pour l'avenir des réfugiés mais aussi pour l'avenir de l'UE.

La co-création a été présentée par plusieurs porteurs de projet comme un autre élément clé de l'innovation sociale. Mireia Nadal Chiva, de la ReDI School of Digital Integration (une école des technologies numériques à but non lucratif pour les nouveaux arrivants qui demandent l'asile en Allemagne), a expliqué comment ils ont co-créé une formation et des outils de haute qualité avec des bénévoles qui apportent leur expérience professionnelle et un groupe d'étudiants offrant leurs compétences numériques et leur enthousiasme. De même, Luisa Seiler, co-fondatrice de SINGA Deutschland, a souligné que la co-création et une collaboration forte à plusieurs niveaux sont cruciales pour pouvoir proposer des solutions innovantes aux nouveaux arrivants. Chez SINGA, on accompagne de petites entreprises ou des projets sociaux locaux qui, en cas de succès, sont reproduits à un niveau supérieur. Le projet Comme à la maison (CALM), mis en œuvre par SINGA France, illustre bien comment l'innovation sociale au niveau local peut avoir un impact sur l'élaboration des politiques publiques au niveau national. Le projet, qui visait à l’origine à mettre en relation les nouveaux arrivants avec une quinzaine de familles désireuses d'offrir un logement temporaire, a finalement reçu plus de 12 000 propositions et, en 3 ans, réussi à mettre en relation plus de 400 familles avec des réfugiés et des demandeurs d'asile de différents pays. L'impact économique du projet s'est avéré si bénéfique pour les autorités publiques en termes d'utilisation efficace des fonds publics et de réduction des coûts pour l'État que le gouvernement français encourage et soutient sa poursuite.

En résumé, pour qu’une société devienne réellement inclusive, il faut des innovateurs sociaux à tous les niveaux, connectés au sein d'un réseau «intelligent», favorisant la co-création de nouvelles idées mais aussi l’avènement des conditions permettant à l'innovation sociale d'émerger et de créer un changement durable.

En savoir plus: http://www.eesc.europa.eu/fr/agenda/our-events/events/linnovation-sociale-pourlintegration-des-refugies  

                                        


[1] Patricia Martinez Sáez est responsable des projets Social Innovation Community (SIC) et European Migrant Entrepreneur Network (EMEN) coordonnés par lAEIDL..